Boze Narodzenie

Boze Narodzenie
Bonsoir ……..J’ai envie ce soir d’être une toute petite fille .. Nanou …Quelque part aux brumes de l’Artois, quand on devine les terrils dans le lointain .. Me retrouver au cœur d’une maison de briques rouges, avec un jardinet bien aligné. J’ai envie d’y retrouver Jeanne, une veille de Noël. J’aimais ce jour là où elle s’affairait toute la journée avec une frénésie qui frisait la folie douce. Au petit matin, elle chargeait la cuisinière à bois, celle qui nous chauffait et où elle faisait mijoter ses petits plats. La comtoise sonnait les heures dans sa lourde coque de bois. Jeanne disait « Nanou, dépêche-toi un peu, nous serons en retard.. » Il faut dire qu’il y avait fort à faire ..Autour de la grande table, toute la famille se presserait le soir, Stanislas, Jean, Sophie, Wanda, Alphonse, les cousines des Ardennes, et Mémé, la vieille et vénérable Mémé qui ne sortait plus guère de son rocking-chair que ce jour là. Mémé et son chignon gris si serré.., ses mains fines crispées sur son chapelet .. Je crois bien que je n’ai même jamais su son prénom. Mémé suffisait. Gaspard, mon Grand-Père descendait à la cave et sortait ses meilleures bouteilles et surtout il filait dans son repaire secret chercher ses trésors, de la goutte et des liqueurs de sa fabrication. J’étais la seule à laquelle il permettait de le voir se servir de son alambic. Jeanne n’avait aucun droit d’entrée dans cette pièce. Jeanne était une fine pâtissière et ce jour là, tablier à carreaux bleus bien mis sur sa personne, elle déployait ses talents. Placek, babka (gâteau roulé aux graines de pavots) et brioches en tout genre .. Mais ce que j’aimais par-dessus tout c’était le « pain d’chien », un savoureux pudding à base de pain rassis, de raisins secs trempés dans le rhum et de cassonade.. Quand un « étranger » venait chez nous, Jeanne s’amusait bien avec ce dessert. «Nanou, va chercher le pain d’chien » et elle coulait un regard malicieux vers l’invité qui se demandait bien ce que j’allais rapporter. Nous préparions ensuite les klouskis à la sauce tomate qui accompagneraient les viandes. Elle sortait metka, eberka et mille autres bonnes choses qu’elle disposait dans de grands plats. La cafetière chantait sur le bord de la cuisinière toute la journée. Le soir arrivé, nous montions faire le tour des chambres des invités, nous réajustions la piejena sur les lits et nous tirions les lourds rideaux. Puis elle sortait sa belle robe des dimanches avec un col de dentelle, ses perles..et la mienne aussi. Elle me transformait en princesse, un gros nœud dans mes boucles blondes. Je me mettais devant la grande glace et je battais des mains en me regardant .. Puis nous redescendions toutes les deux. Elle sentait la violette. L’horloge comptait toujours les heures mais nous étions prêtes. Le premier « Boze Narodzenie » résonnait dans l’entrée. La fête pouvait commencer.
Je vous laisse. Bonne soirée à tous. Moi j’ai cinq ans ..
Annie Kubasiak-Barbier

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