La Clé du coeur

La clé du coeur

C’était la clé d’un petit coeur, enfermée par hasard dans une tête de bois. Tout était gris et sombre dans cet espace réduit. Il y avait du monde pourtant qui s’y bousculait. Des idées noires, des mots barbares surfaient sur des vents contraires, essuyaient des orages colériques. Des échecs cuisants se disputaient avec quelques catastrophes installées.

La clé s’ennuyait ferme qui savait tout ce qu’elle aurait pu entrer dans cette tête de bois. Un coin de ciel bleu, une chanson d’amour, une main tendue, des rires d’enfants… Elle avait des idées à foison.

Mais bon sang ! Il fallait qu’elle s’échappe avant de finir rouillée dans cette prison. Elle se mit en quête d’une sortie. Il suffisait d’une fêlure. Elle se serait faite toute mince et sortirait triomphante.

A force de chercher, elle trouva un rai de lumière au creux d’une serrure des idées noires, un semblant de joie un peu tamisé qui avait envie de prendre toute la place.

Ah ! se dit la clé, voilà enfin un compère qui fera mon affaire. Je vais devoir payer de ma personne.

Elle s’immisça tant bien que mal dans la serrure de l’idée noire qui se plia à toutes ses volontés. La petite clé jubilait. Enfin son horizon s’éclaircissait.

Elle força encore un peu et s’aventura sur les chemins du coeur. Celui-ci battit follement à son approche. Elle se dépêcha. Il était grand temps de vider la tête de bois avant qu’elle n’éclatât.

Une fois dans le douillet intérieur du coeur, elle s’installa au creux d’un coussin de tendresse, but un élixir d’amour, s’habilla de dentelle et de perles et s’en alla ainsi parée, ouvrir toutes les serrures cachées de la tête de bois.

Celle-ci fut envahie de soleil, tapissée de bonheur, inondée de joie. Les idées noires prirent leurs jambes à leur cou, les mots barbares changèrent l’ordre de leurs lettres, et un arc-en ciel envoya se promener ailleurs tous les orages enfin calmés.

Et le petite clé vécut enfin heureuse. Elle avait rempli son office et obtenu le droit de dormir sereine dans ce coeur chaleureux.

Annie K. Barbier
Texte protégé SACEM

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