Robert, mon Ami

Il était une fois un peintre…

Souvent, j’ai parlé de lui, de notre amitié, de la connivence, du partage, de notre amour de l’art, de tout ce qui nous a réunis pendant des années.

La première fois que je l’ai vu c’était dans une exposition artisanale, dans une petite ville de province. Je me suis arrêtée, je l’ai regardé peindre. Je me souviens encore de ce tableau. Sur la toile les couleurs explosaient de vie. Il y avait des coqs, des ballots de foin, un râteau, le tout très bucolique, très champêtre, très coloré. Si j’étais un tant soit peu douée pour la peinture, je le referais les yeux fermés. Et ça ressemblait tellement à chez moi !

A l’époque je composais des bouquets de fleurs séchées. L’organisateur nous avait tous installés dans des petits chalets de bois. L’artisanat c’est un petit monde, une forme de bohême. Nous nous sommes côtoyés pendant quelques jours. Nous avons appris à nous connaître. Nous avons travaillé, nous avons ri. Le soir nous nous réunissions autour de sa guitare pour de longues veillées poétiques et musicales.

L’exposition passée, nous nous sommes revus souvent et petit à petit sont venues les confidences. Il dormait toujours dans son camion entre sa palette et ses gouaches.

Un soir, alors que nous écoutions une vieille chanson, il s’est mis à pleurer, en silence. Douleur discrète, inexplicable sur l’instant …

J’étais interloquée, un peu désemparée aussi. Et là il m’a expliqué que quelques années auparavant, il était un grand peintre mondialement connu. Il était invité partout dans les galeries les plus chics, toujours un verre de champagne à la main. Le talent, parfois c’est quand même récompensé, heureusement !
Mais un jour sa femme l’a quitté. Elle lui a tout ôté, son métier, son désir de peindre, sa maison, sa notoriété, ses enfants, son envie de vivre. Il a tout perdu, sauf sa raison et son immense gentillesse.

Il a essayé de s’en remettre doucement, mais son cœur a beaucoup souffert de cette séparation puis un jour il l’a lâché, définitivement.

J’ai appris beaucoup de choses avec lui. Il a été une des plus belles rencontres de ma vie parce que, bizarrement, il avait à mon humble avis, toutes les qualités qu’une femme peut désirer trouver chez un homme, mais pas la sienne apparemment.

Et en plus, il me rappelait dans ses gestes, dans ses mimiques, dans ses regards, un autre joueur de guitare qui enflamma ma jeunesse.
Il était une fois Robert

« Je l’aimais, je l’aime et je l’aimerai
 »
Annie Kubasiak-Barbier
(la photo a quelques années, prise chez moi, un soir de bonheur 

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