Telle est prise qui croyait prendre

TELLE EST PRISE QUI CROYAIT PRENDRE

La musique l’avait attiré au fond de cette ruelle obscure, flanquée de maisons un peu tristes et de volets battants l’absence.

Une fille sculpturale en robe rouge feu dansait un flamenco endiablé sous les vivats des passants impressionnés.

Il fendit le foule et s’approcha d’elle pour mieux l’observer. Regard de braise, cheveux défaits, corps finement délié, elle avait une allure de gitane férocement rebelle. Lorsqu’elle l’aperçut, elle s’arrêta instantanément et lui lança :

– Tu n’es pas d’ici toi !

– Non, ça se voit tant que ça ? Je ne fais que passer, comme un papillon, attiré par la lumière.

Elle le dévisagea et s’esclaffa :

– Regarde autour de toi ! Tout le monde ici est venu pour rire, chanter, danser, faire la fête et toi tu te promènes, droit comme un i orphelin, cravaté et en souliers vernis !

– Je sors de mon bureau, dans la banque d’en face. C’est une raison suffisante ?

Moqueuse, elle rétorqua :

– Tu veux danser avec moi peut-être ?

– Evidemment je veux ! Quel homme refuserait de prendre dans ses bras une belle fille comme toi ?

Le tutoiement instinctif la laissa dubitative.

– Ah ! ah ! ah ! Je refuse de danser avec un manche à balai.

– Ne crois jamais ce que tu vois ma jolie ! Il y a des façades qui cachent des secrets.

Tout en parlant, il se défit de sa cravate, de son veston, de tout ce qui pouvait entraver ses gestes et l’entraîna dans une danse sensuelle et étourdissante, les yeux rivés aux siens. A la fin du morceau, il la déposa à l’endroit même où il l’avait cueillie, la laissant éberluée et sans voix.

– Ciao Bella !

Et il disparut comme il était venu.

Annie Kubasiak-Barbier

Mémoires

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