Incursion au grenier

 

Vider les cartons restés en attente, ceux qui, à priori, n’ont aucune importance, parce qu’ils n’influent pas sur votre vie de tous les jours, ceux dans lesquels, quand on part, on entasse à la hâte le contenu de vieux tiroirs encombrés de souvenirs, là où l’on a enfoui à un moment donné les choses un peu dérangeantes parce qu’enfin le cœur et le corps étaient pris par d’autres urgences.

Mais l’histoire rappelle toujours son peuple ..

J’ai retrouvé une lettre que j’avais écrite à ma mère. J’avais quinze ans, elle trente-huit. Je souriais à la vie, enfin, j’essayais. Elle nous quittait, le souffle plus court chaque jour, le geste moins précis mais l’esprit d’une acuité déconcertante. Je lui disais

« Ma chère Maman, ne t’inquiète pas, je serai toujours là pour elles » Elles c’était mes petites sœurs ..

« Maman, je te promets, je les mettrai à l’abri de ce monde pourri » J’y croyais dur comme fer, d’ailleurs, je m’en suis plutôt bien sortie …

Mais là, où je me pose la question c’est « Est-ce que ce monde était déjà si pourri ? » Alors aujourd’hui quoi penser ? Si, il y a cinquante ans de ça, le monde était déjà perdu ..on dit quoi maintenant ? Est-ce que j’ai oublié les horreurs de l’époque grâce au bonheur, grâce à l’amour.. Ai-je été juste égoïste ? Au point de croire que cette époque a été une époque formidable ? Ou alors, l’âge m’a-t-il apporté la juste vision du monde … Ou alors encore, suis-je suffisamment éreintée pour que mon regard s’embue au rythme des actualités..

Je sais, ça fait beaucoup de questions ..Un 14 novembre … un jour qui aura décidé de ma vie entière. Je t’aime Maman.

Annie K.Barbier

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