Dernier matin

Elle était couchée sur son petit lit blanc. Ses boucles grises et légères encadraient son visage fin. Il avait pris entre ses mains les siennes. Il la contemplait comme on contemple une oeuvre d’art sculptée par la vie Il scrutait une dernière étincelle dans son regard, il cherchait ses bribes de vie au creux de chacune de ses rides, il se demandait combien de peaux ses mains avaient caressées, il se souvenait de sa tendresse quand elle replaçait une mèche rebelle dans ses cheveux de gamin, et de sa voix si douce quand elle l’appelait du fond du jardin. Il la revoyait danser au p’tit bal du 14 juillet, tournoyer dans une robe brodée de coquelicots, les yeux rivés à ceux de son père. Il sentait encore son parfum de violette, celui qu’il respirait avidement lorsqu’elle venait l’embrasser à son coucher.
Elle lui avait tout donné, surtout ce qu’elle n’avait pas eu, tout naturellement, sans calcul, avec seulement le plaisir d’être mère. Et lui s’était toujours laissé bercer par elle. Il n’avait pas besoin de philosophie, il n’avait de questions à se poser, ni de réponses à attendre. Tout était dans sa présence indéfectible et unique depuis toujours
Il la touchait maintenant, imprimait sa peau à la sienne définitivement. Elle pouvait partir sereine, elle était ancrée dans son coeur, gravée dans son épiderme, sa mère, son essentielle.
Annie K. Barbier
Vivre d’amour, mourir d’amour

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