LA MAISON DU VALLON

Je suis allée hier au bout de mes années,
Au hasard d’un chemin, mon âme a respiré
Le souffle de la vie dont on parle au passé.

C’est au creux d’un vallon, une demeure ancienne,
Quelques lierres accrochés, là-haut dans les persiennes
Un jardin de curé et au bout un vieux chêne.

La porte vermoulue a crié sur ses gonds
Et la serrure rouillée pleurait au diapason
Du joli temps enfui, par delà les saisons.

J’ai remonté l’allée où le gravier crissait,
A l’ombre d’un tilleul, un instant arrêtée,
J’ai écouté courir le ruisseau d’à côté.

En douceur j’ai poussé la porte aux lourds battants
Il y avait encore là les clés de Grand-maman,
Quelques brassées de fleurs dans l’arrosoir d’antan.

Dans la salle à manger aux vieilles poutres noircies
Une table carrée, quelques dentelles jaunies,
Un vieux journal fané, « la Dépêche du Midi »,

Le fauteuil de Grand-père aux accoudoirs usés,
Rivé au parquet devant la cheminée,
Ses contes à la veillée, instants d’éternité.

Et tous mes souvenirs glissent en ombres chinoises
Des semis de radis aux tartes à la framboise.
J’entends tomber la pluie et chanter les ardoises

Et je suis repartie sur la pointe des pieds
Courir comme autrefois sur le chemin mouillé
Dans l’odeur du sous-bois, le rose des églantiers.

La poussière fine et grise gardera mon empreinte
De la nappe à carreaux à la chandelle éteinte.
Dormez à tout jamais, n’ayez aucune crainte

Je veillerai sur vous.

Annie K. Barbier
Mémoires d’un coeur funambule

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