Philippe

PHILIPPE

J’ai beau être triste que tu nous aies quittés, il y aurait bien un méchant fou rire pour faire désordre dans le paysage. Où comment un jeune gars inconnu vous chamboule le quotidien sans crier gare..
Tu es arrivé dans ma vie, on aurait dit Pierre Richard, dans un de ces films désopilants où il passe son temps à se prendre les pieds dans le tapis, un beau jour de Septembre, celui de mon mariage. Enfin ! Quand je dis beau, c’est un euphémisme. ! Pluie et vent, l’automne avant l’heure et contre fortune, bon coeur !
Ma meilleure amie pour témoin, toute jolie et pimpante qui prend place près de moi et qui me glisse à l’oreille « Au fait, j’ai une surprise » !
Forcément, le mariage c’est un peu important, alors place aux festivités, mairie, église, embrassades, photos, la panoplie habituelle quoi !
Arrive l’heure du dîner et « la surprise » en même temps.
« Je te présente Philippe » mon amoureux me dit-elle toute chose.
Je te regarde et là, je pars dans un rire…
Pas très conventionnel le garçon ! Tu sors d’un match de foot, les cheveux fous, le maillot bleu france pétant, les grandes chaussettes sur des gambettes immenses. Forcément, au milieu de la noce, tu détonnes un peu, d’autant que tu es le roi des croche-pieds et que dans une belle roulade, tu atterris à mes genoux. Ton entrée dans ma vie ce jour là ressembla à toutes celles que tu fis par la suite.
S’ensuivirent vingt années d’amitié, votre mariage, nos enfants respectifs, nos rêves et nos déboires, de mémorables fêtes, nos vacances ensemble, enfin bref !
Sauf que tu nous as joué un mauvais tour. Un jour le clown est devenu triste, il a cassé sa boîte à musique et s’est empêtré une dernière fois les guibolles. Tu voulais voir la mer, tu devais partir le lendemain, mais tu n’as pas eu le temps d’embarquer et le voyage fut un que l’on attendait pas.
Il me reste de toi tes cartes postales de vacances. Tu avais une écriture de maîtresse d’école. Combien de fois nous avons pu rire avec ça. J’ai tout gardé, précieusement, les pleins de tendresse et les déliés de tristesse. Chaque fois que je sens l’odeur d’un cigare, c’est à toi que je pense. La mémoire « olfactive »…
Et quand tu reviens dans ma mémoire, je me prends les pieds dans le tapis.
Annie Kubasiak Barbier (Le chagrin en héritage)
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