Pierrot Gourmand

Quand j’étais gosse, comme beaucoup d’entre nous, j’allais au catéchisme et à la messe le dimanche. Avec Maman, on ne rigolait pas avec ça.

Qui dit messe du dimanche, dit quête…
Même si c’était de la menue monnaie, c’était tentant.
Même pas peur du diable .. D’ailleurs je n’étais pas la seule.

Quelle idée aussi d’aller installer une boutique de bonbons en face de l’entrée principale de l’église et qui plus est, ouverte le dimanche ?

On descendait sur les fesses surtout l’hiver, le « raidillon » qui menait à l’église. Je ne vous raconte même pas l’état de nos jupons.
On comptait nos sous, une pièce pour le bon dieu, tout le reste pour le marchand de bonbons !
Je sais, ce n’était pas très équitable mais va apprendre ça à un gosse toi, le mot « équitable »  !

Et puis bon sang, il y avait à l’entrée un énorme « Pierrot gourmand » en faïence, bardé de sucettes, qui nous faisait de l’œil avec un sourire en coin .
Et aussi des carambars, des réglisses et les fameux roudoudous de toutes les couleurs, fondus dans leur coquillage, qu’on léchait consciencieusement entre le sermon et l’Ite missa est, sous le regard furibard de Monsieur le Curé qui aurait parfois bien traversé la route pour récupérer le montant de la quête laissé chez Gégé par ses ouailles.

Je ne vous parle même pas des pochettes surprises (filles ou garçons, si si ..en ce temps là, le rose et le bleu ..bref), les caramels et autres « mistral gagnant », et aussi oui, oui, les fils pour faire des scoubidous !

Nous repartions de chez Gégé, les poches pleines de trésors ..On traversait la petite route pour la messe et à la confession suivante on racontait tout ça au Père Barbasse qui nous aurait bien calottés mais qui n’avait pas le droit vu sa fonction.

Ensuite nous échangions nos pénitences parce que ce bon sang de curé n’était pas très équitable non plus. Les Notre Père et autres Je vous salue Marie pleuvaient sur nos têtes de garnements.

Bref, tout ça c’était de bonne guerre, ça n’empêchait ni l’amour, ni le respect ..ça engendrait juste une taloche si nos parents étaient au courant.


La boutique de bonbons est devenue une bibliothèque .. Quand je passe devant, encore aujourd’hui, Pierrot Gourmand vendrait bien mon âme au diable.
Annie K. Barbier
Mémoires d’un coeur funambule

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